Jimi Hendrix ? Le plus grand guitariste de tous les temps. Personne n'osera contredire cette affirmation, jamais, nulle part. Projetons l'ADN dans le cosmos, envoyons des sondes sur Mars, votons écolo : Jimi Hendrix, toujours, partout, sera vénéré comme un véritable demi-Dieu, blanc-noir et peau-rouge-Cherokee aussi. Carlos Santana l'affirmait récemment dans Rock & Folk : « Jimi Hendrix était le Einstein de la guitare électrique, le Beethoven noir ; il jouait de la musique en son surround alors que les autres en étaient encore tous au mono. Il maîtrisait le feedback, une véritable géométrie sacrée, et retranscrivait avec son instrument tous les sons de son époque, les cris d'amours comme les explosions de bombes au Vietnam. Jimi Hendrix reste le numéro un ». Merci, Carlos, vieux compagnon. Trente années se sont écoulées depuis l'annonce de la mort de Jimi, brulé, happé par ses visions « d'un orchestre de rock jazz qui jouerait dans le ciel » (déclaration au Melody Maker deux jours avant sa mort, 1970). Ce jour-là les corbeaux volaient bas dans le cœur vidé de tous les lycéens du monde. Et nous avons su qu'après cette stupeur tragique plus rien ne serait pareil, jamais. Ce jour froid de septembre, c'est l'innocence qui est morte. En revanche, personne, dans ses rêves les plus fous, n'aurait imaginé que trente ans plus tard sortirait un coffret mirifique permettant une lecture intégrale de l'Œuvre et fonctionnant à deux niveaux convergents : le néophyte fortuné y trouvera une perspective transversale de la saga, du fondateur premier single Hey Joe au concert terminal de l'Ile de Wight. Le spécialiste burné ne sera pas moins ravi de découvrir dans ces quatre CD de compilation herculéenne des heures de matériel alternatif, versions différentes, prises inconnues, concerts inédits, jams ayant échappé à la traque carnassière des bootleggers. Pour tout cela, il fallait rendre hommage à Jimi. Et puis ajouter ceci : à l'heure de la désertification mentale la plus terrassante, il est particulièrement salubre de revisiter le corpus hendrixien. D'une part parce que les albums de Jimi, excitants à l'extrême, ne vieillissent pas. Mieux : leur son, comme leurs thèmes, révolutionnaires dès 1967, n'ont pas pris une ride en 2000. Par quel mystère ? Formidable musicien ayant fait ses classes à la rude école du rhythm and blues et du rock'n'roll, accompagnateur de Little Richard comme des Isley Brothers, visionnaire écorché durant des années de vache maigre à NYC, Jimi était un accident cosmologique, une collision raciale et stylistique qui trouvait un parfait moyen d'expression dans l'ontologique Guitare Electrique. Tous les sons intéressaient Hendrix, le fascinaient. . Conseil personnel, simple et sample à la fois : que tous nos jeunes turcs électroniques se plongent plusieurs fois par jour (et par nuit aussi) dans les arcanes de l'œuvre hendrixienne. Ils y puiseront cette soif d'expérimenter et cette joie de transmettre sans lesquelles le rock redeviendrait une musique de chef de gare, fût-elle de triage.

Philippe Manœuvre

PS : De tout temps, les guitaristes ont aimé jouer avec les possibilités de l'acoustique. Nous livrons donc ce Tribute comme un hommage à tous ces éclaireurs des enfers nocturnes, tous ces desperados du son.